Le problème de la gratification instantanée

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Avez-vous déjà joué au Sudoku ? Le Sudoku est un jeu consistant à trouver des combinaisons de chiffres dans un tableau, et ce en fonction de l’agencement des nombres déjà présents.

C’est en général après avoir passé du temps dessus, que vous réussissez à le compléter ; juste avant de pousser un petit soupir en signe de satisfaction.

Et c’est cette même satisfaction qui vous pousse à maintenir ce cycle, à continuer de jouer  au Sudoku.

Mais, que se passerait-il si l’on vous tendait un livre rempli de Sudoku, qu’il faudrait terminer ?

Bien que vous puissiez commencer, ou bien en réussir quelques uns, rapidement, vous vous sentirez dépassé par le nombre de Sudoku à compléter, et c’est rapidement que le livre terminera sur une table, alors que vous y prêteriez de moins en moins d’attention au fil des semaines. L’imposante tâche a finit par remplacer le sentiment de satisfaction que vous en tiriez jadis.

Et, lorsque l’on discute de sport et de nutrition, n’a-t-on souvent pas la même approche ?

Un beau matin, nous décidons qu’il faut perdre 10 ou 15 kilos, et que l’on restera “fin” toute sa vie. Et c’est au travers de tout l’effort requis pour parvenir à cette objectif, qu’à l’image de notre livre de Sudoku, nous finissons par tout laisser tomber. Trop de stress, et trop de “choses” à faire.

Notre gratification semble plus fonctionner à la vitesse d’un chronomètre, que celle d’un calendrier, lorsque nous souhaitons quelque chose de gratifiant, nous le voulons tout de suite. Lorsque l’on commande une pizza, on s’attends à ce qu’elle arrive dans la demi-heure, et non la semaine prochaine.

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Nous aimons ce que nous pouvons ressentir directement, ce au travers de quoi nous pouvons nous sentir exister, et notre biologie même fonctionne de cette manière : lorsque vous vous cognez le petit doigt de pied contre la chaise au réveil (ça fait mal), vous imputerez la douleur à la chaise. Mais en revanche, si la douleur ne se manifeste que deux semaines après, il y a peu de chances que vous attribuiez la douleur à la chaise. En d’autres termes, plus le temps s’écoule après un évènement, et moins il vous est facile de déceler des corrélations directes.

Et pour notre nutrition, c’est la même chose : nous ne retirons que très peu de gratification immédiate à s’alimenter correctement, et bien que la plupart d’entre nous le fassions en sachant que c’est là une bonne chose, il nous est assez difficile quoi qu’il en soit, de juger directement de l’efficacité de son alimentation. On pense… cela en vaut-il la peine ?

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Plus jeune, j’ai toujours détesté l’école, et je n’arrivais pas comprendre à quoi les études pourraient me servir dans ma vie future. Et pourtant, c’est lorsque je rédige ces présentes lignes, que je réalise combien certaines études m’ont été d’une grande utilité.

  • Ne pourrait-on donc pas appliquer ce même principe à notre alimentation ?
  • Ne pourrait-on-pas accepter que notre alimentation d’aujourd’hui n’apportera que des résultats demain ?

Si l’on souhaite atteindre ses objectifs, il faut accepter que l’on ne change pas son corps du jour au lendemain, tout comme il faut apprendre à se faire confiance, et faire confiance aux résultats à venir.

Bien sûr, cela peut paraître difficile à achever, et ce parce que des objectifs futurs ne possèdent aucune palpabilité, et s’imaginer plus musclé, ou plus fin, est quelque chose qui demeure très abstrait. Il ne s’agit que d’accorder sa foi à quelque chose qui ne représente rien aujourd’hui ; et pourtant, cette foi est primordiale.

Il s’agit de comprendre que sa nutrition, ainsi que ses entraînements se “verront” demain, dans un mois ou deux, ou dans quelques années.

Et bien que sur le coup, surveiller son alimentation puisse nous paraître difficile, puisqu’il y a peu de gratification immédiate ; il faut retenir que persévérer est la clé.   

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Réfléchissons ensemble sur les projets à long-terme, comme la publication d’un roman, construire une relation avec une personne, ou bien, devenir sportif de haut-niveau ; et posons-nous la question de savoir pourquoi il nous est possible de les achever ?

Il semblerait que, pour qu’ils avancent, nous ayons besoin de la conviction personnelle que nous allons y arriver, et sans véritable retour directement tangible à cet investissement, il semblerait tout aussi futile de persister.

Mais comment ces personnes font-elles donc pour aller en salle, et ce depuis 20 ans ?

Que est ce petit secret qui les pousse à s’alimenter de la manière dont ils le font, et avoir une hygiène de vie qui demande discipline et rigueur ?

Et bien, cela est possible par cette petite dose de conviction personnelle, de “foi”, qui s’étends bien au delà du miroir et de la balance.

C’est cette conviction qui permet de continuer à avancer, et ce malgré le manque de résultats immédiats et visible. Et pour réussir à adopter cette conviction, il faut une nouvelle manière de penser, une manière qui soit moins gratifiante.

Et c’est grâce à cette nouvelle manière de penser, qu’il vous sera possible d’avancer avec persévérance et motivation ; c’est grâce à une vision sur le long-terme que vous tirerez votre gratification, lorsque vous consommerez vos légumes, ou irez en salle au lieu de vous affaler devant le petit écran. Bien que les adultes sachent repousser la gratification instantanée, nous avons tous un pêché mignon hélas.

Apprendre à éliminer la gratification directe avec ses objectifs “fitness” est quelque chose qui ne s’avère pas tout le temps être facile ; peut-être parce que nous parlons ici de quelque chose qui ne s’achète pas, qui ne s’acquiert pas facilement ; et peu importe le statut social, nous avons néanmoins le même corps !

C’est ce corps que nous avons tant de mal à contrôler lorsque, après une longue journée de travail, nous passons devant une boulangerie.

boulangerieSi l’on souhaite avoir un corps fin, fort, ou en bonne santé, nous devons avant tout développer un système de gratification adéquat. La bonne nouvelle, c’est qu’il nous est possible de le faire, et ce grâce aux décisions que nous prenons, qui façonnent nos chemins neuronaux. C’est lorsque l’on fait quelque chose et que l’on y associe le sentiment que c’est une “bonne” chose, que le cerveau renforce ces mêmes chemins neuronaux. Considérez ces chemins comme un sillon se creusant, après le passage répété d’eau; et c’est au fil des mois que ce sillon devient une rivière, alors plus large et plus profonde.

Les étude ont montré (mais nous le savons également tous), qu’une fois une habitude acquise, il n’est pas si aisé que cela de s’en défaire : vous pouvez toujours essayer en bouleversant votre routine matinale.

Pour l’individu ayant consommé du fast-food des années, essayer de ne plus consommer de pâtisseries le laissera avec l’impression d’être privé de sa drogue ; et bien qu’il soit possible de mettre en place de nouvelles habitudes, il n’est jamais facile de simplement tout oublier.

Il n’existe que très peu de personnes qui ont “arrêté” l’alcool, ou la cigarette ; il existe plutôt beaucoup de personnes qui travaillent chaque jour à ne plus fumer par stress, ou boire lors d’épisodes de mélancolie. C’est un effort consciencieux, constant, et appliqué.

Et notre alimentation n’échappe pas à la règle, si un week-end laisse place à un festin et une crise de foi, bien que vous puissiez avoir l’impression d’avoir tout perdu des bonnes habitudes que vous aviez commencé à acquérir, il n’en n’est rien. Il faut savoir qu’il est également possible d’inverser la tendance, et c’est souvent lorsque l’on enchaîne des semaines, des mois, ou des années à bien s’alimenter, qu’il nous semble de plus en plus facile à le faire chaque jour qui passe.

Pour que ces nouvelles habitudes se forment, il nous faut donc un nouveau système de gratification, à l’image de tous les projets que nous faisons sur le long-terme, pour lesquels la gratification immédiate n’est que rarement tangible.

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Laissez-moi vous parler d’une étude qui a été menée il y a de ça plus de vingt ans, mais qui reste d’actualité. Pour cette étude, les chercheurs se sont intéressé à la capacité qu’avait des enfants de quatre ans à repousser la gratification immédiate.

Pour ce faire, ils ont proposé aux enfants de choisir entre une récompense directe, ou bien, une récompense plus tard (15 minutes après), mais plus importante (je crois qu’il s’agissait de un versus deux marshmallows, mais je n’en suis pas sûr).

Les résultats de cette étude nous ont appris que les enfants ayant résisté à la gratification directe ont eu de meilleurs résultats dans la vie ; en effet, c’est 10 années plus tard que les chercheurs ont pu les suivre, et voir comment chacun des enfants s’en sortait. Il semblerait que ceux ayant résisté à la gratification immédiate étaient non seulement plus développé intellectuellement, mais également plus performants à l’école, et ce grâce à une facilité à résister à la frustration ou bien le stress :

Those 4-year-old children who delayed gratification longer in certain laboratory situations developed into more cognitively and socially competent adolescents, achieving higher scholastic performance and coping better with frustration and stress.

Ces enfants avaient donc été capable de conserver ces réflexes, et ce jusqu’à dix années plus tard ; mais il y a fort à parier qu’ils aient gardé les mêmes qualités tout au cours de leur vie.

Quel fût donc leur secret ?

Et bien, deux choses :

  • Ils ont évité de regarder le marshmallow, et ont trouvé autre chose à faire, plutôt que d’attendre. Certains se cachaient les yeux avec les mains, d’autres posaient la tête sur les bras, et les plus créatifs se parlaient à eux-mêmes, ou bien chantaient. Pour les chercheurs, ceux qui ont résisté à la tentation ont simplement mis en place des stratégies permettant de diminuer la frustration durant la période d’attente, et ce en s’éloignant mentalement de l’objet convoité.
  • Ils se sont concentrés sur les qualités intrinsèques à la récompense qui viendrait plus tard, mais d’une manière concrète et tangible. Les enfants ayant pensé à des choses plus “abstraites” ont eu plus de mal à patienter. En d’autres termes, il nous sera plus utile de nous imagine courir, ou bien dans la vie de tous les jours avec ces 10 kilos en moins, plutôt que de s’imaginer dans des situations détachées de la vie. Se concentrer sur quelque chose qui arrivera est donc la meilleure manière d’atteindre ses objectifs.

Conclusion

Surveiller son alimentation, et être régulier dans sa pratique sont la clé du succès. Et pourtant, parce que ce choses ne nous procurent que peu de gratification instantané, il est parfois difficile de tenir sur le long-terme, et accepter que les résultats ne seront pas tout de suite visibles.

Néanmoins, c’est en changeant sa manière de voir les choses, ou bien en repoussant cette gratification instantané, qu’il vous sera possible de tenir vos objectifs sur le long terme. A vous de trouver ce qui vous permettra de tenir, afin que ce petit sillon d’eau finisse par devenir à son tour une rivière.

Il vous est également possible de contacter nos coachs, qui vous montreront comment repenser ses objectifs, et établir un système efficace.

A lire

  1. W Mischel, Y Shoda, and MI Rodriguez. Delay of gratification in children. Science 244, no. 4907 (1989): 933-938.
  2. 1 mois pour devenir Fit.

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Discussion4 commentaires

  1. Excellent article !
    C’est bien là une des plaies de notre société de consommation « tout tout de suite ».
    Cela prends effectivement du temps pour modifier sa façon de penser et se créer ce système de gratification adéquat. On y arrive progressivement avec ce moteur qu’est de réaliser son(ses) rêve(s) !
    Il y a un proverbe que je garde à l’esprit pour contrer cette gratification immédiate :
    « Qu’importe en effet l’issue du chemin quand seul compte le chemin parcouru? On ne fait pas un voyage, le voyage nous fait et nous défait, il nous invente. » – David Le Breton

    • Fit for Life

      J’aime beaucoup cette citation Jimmy ! En effet, et c’est aussi selon moi là que se trouvent la construction d’une bonne partie de nos addictions. Qu’il s’agisse de manger quelque chose de riche en goût, ou bien la télévision; lorsque l’on étudie les mécanismes de récompenses du cerveau, on se rends compte qu’elles se créent au travers d’un stimulus « direct ». L’investissement à long terme demande donc un investissement sur un stimulus qui n’existe pas de suite. Il est là parfois, comme durant l’exercice, mais il n’est pas là, lorsqu’il faut planifier son programme, encore, encore, et encore.

  2. Bonjour !
    Tout d’abord je ne connaissais pas votre site, j’ai pu voir que vous aviez cité un article du site dont je viens ce qui m’a conduit ici.

    Je suis tombé sur de belles photos en page d’index, puis cet article a retenu mon attention… la gratification instantanée… je ne connaissais pas du tout, très intéressant. Au-delà de la nourriture, est-ce que de connaitre ce mécanisme va me permettre de corriger certains défauts de comportement vis-à-vis de buts / tâches qui paraissent insurmontables, je ne sais pas. Mais un homme averti en vaut deux.

    • Bonjour Feodor, et bienvenue 🙂
      Pour répondre à ta question, oui, prendre conscience fonctionne dans tous les aspects de la vie. En anglais il existe un terme assez riche qui est difficilement traduisible « awareness ». Cela pourrait se traduire par « être consciencieux ». Et à partir de là, il est plus facile de se rendre compte de combien certaines choses que l’on fait sont juste branchées sur ce mode primitif de « action < -> récompense ». Il en est de même pour la vie pro., les relations, les passions, etc..
      J’avais moi-même ce problème avec l’écriture. Je voulais écrire plus, et je trouvais souvent des « excuses », qui ne sont en fait que des choses étant plus fortes dans leur capacité à apporter de la gratification instantanée (sortir, regarder un film etc.)
      Attention, il ne s’agit pas de devenir ascète et de se priver de ces petits plaisirs qui rendent une vie plus épanouie; mais trouver un équilibre entre ces derniers et l’investissement pour l’accomplissement des projets à long terme est la clé d’une vie bien remplie 🙂

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