L’hypnose sportive : nouvelle mode ou véritablement efficace ?

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Bien qu’elle souffre encore de quelques tabous et stéréotypes, la pratique de l’hypnose tend à se frayer un chemin dans le quotidien professionnel et privé des Français. En effet, l’hypnoanalgésie (traitement de la douleur), l’hypnosédation (anesthésie), ou encore l’hypnothérapie (visée thérapeutique) s’imposent peu à peu dans nos hôpitaux1 .

Mais c’est côté Outre-Atlantique que son champ d’application connaît une véritable explosion et excite l’intérêt des chercheurs. Sa légitimité y est totalement acceptée par le grand public, notamment dans le domaine sportif, où les hypnologues travaillent au coude à coude avec les kinésithérapeutes, les coaches techniques et les médecins des équipes.

Alors, comment des athlètes médaillés tels que Michal Schumacher ou Tiger Woods sont-ils parvenus à booster leurs performances en passant par l’hypnose? Que disent les neurosciences des effets de cette pratique sur le cerveau et le mental ? S’agit-il d’une nouvelle forme de coaching tendancieuse, ou bel et bien d’une petite révolution dans l’accompagnement global du sportif de haut niveau ? Le point avec Hélène, de Prism’Evolution.

Le sportif, un esprit sain dans un corps sain

Il est commun de réduire le quotidien des sportifs d’élite au seul entretien d’une condition physique optimale : dans l’imaginaire collectif, un mode de vie millimétré, une alimentation contrôlée et des entraînements intensifs journaliers constituent le socle de la performance. Pourtant, la technique et le physique ne sont pas les seuls facteurs déterminants pour la progression et la réussite des athlètes.

En 1977, les recherches en psychologie sportive menées par Michael J. Mahoney et Marshall Avener2, ré-exploitées une décennie plus tard par Terry Orlick et John Partington3, ont démontré que les athlètes les plus performants affichaient une confiance en eux inébranlable et parvenaient à mieux maîtriser leur niveau de stress que des sportifs de moindre succès. L’ « habileté mentale » du sportif s’impose donc comme l’une des clefs indispensables à sa réussite.

Or, c’est justement sur ce troisième pilier que se greffent les prétentions de l’hypnose sportive. Bien souvent, on lui préférera d’ailleurs le terme de « coaching sportif mental ». Contrairement au coaching traditionnel, l’hypnose sportive n’accompagne pas directement la progression technique de l’athlète, mais le soutient dans sa performance en lui permettant de recentrer son inconscient, d’annihiler ses éventuelles croyances limitantes, de disloquer certains de ses blocages psychologiques et d’appréhender ses rencontres sportives avec davantage de sérénité.

L’hypnose : comment ça marche ?

Avant de nous pencher plus en détails sur les applications de l’hypnose dans le domaine sportif, tâchons de faire le point sur l’hypnose en tant que telle et, au passage, de défaire quelques idées reçues particulièrement tenaces. L’hypnose Ericksonienne (du nom de son concepteur Mitlon H. Erickson (1901-1980)) se situe à des années-lumière de l’hypnose de spectacle relayée sur petit écran dans des émissions aux fondements scientifiques pour le moins discutables… Du moins, pour peu qu’elle soit dispensée par un professionnel ayant suivi une solide formation en PNL et/ou en pratique hypnotique, comme notamment celle-ci, d’autant que la profession ne fait encore l’objet d’aucune réglementation.

L’accès à l’hypnose passe par une phase d’induction hypnotique : il s’agit, la plupart du temps, de la voix et des suggestions de l’hypnologue, qui aident l’individu à accéder à un état mental particulier, caractérisé par une hypervigilance. On parle, plus spécifiquement, d’un Etat Modifié de Conscience (EMC). L’activité neuronale du cerveau humain est marquée par l’émission d’ondes électriques, mesurables en Hertz : les ondes bêta (max. 35 Hz), alpha (max. 12 Hz), têta (max. 7 Hz) et delta (max. 4 Hz). La fréquence la plus haute (bêta) correspond à un état « normal » d’éveil intellectuel et de réceptivité à l’environnement. A l’inverse, la fréquence la plus basse (delta) est caractéristique du sommeil profond.

Les ondes alpha sont les plus couramment émises lors de la transe hypnotique. Elles correspondent à ce fameux EMC, situé à mi-chemin entre les capacités d’analyse typiques de l’éveil et la somnolence. Cette activité électrique du cerveau présente l’intérêt de solliciter à parts égales l’hémisphère droit (intuition) et gauche (logique) du cerveau, là où les ondes bêta sont au contraire marquées par la prédominance de l’hémisphère gauche. L’atteinte de cet équilibre dans le fonctionnement cérébral permet à l’individu hypnotisé d’être plus réceptif à ce qui trouble son inconscient… et d’agir en conséquence pour lever les éventuelles barrières mentales.

L’hypnose dans l’entraînement sportif : quel intérêt ?

Ce fonctionnement de l’hypnose nous permet de mieux saisir son impact sur le mental, et en particulier celui qui nous intéresse, à savoir celui du sportif. Si l’hypnose agit directement sur l’inconscient de l’esprit et va même jusqu’à présenter des finalités thérapeutiques (nombreux sont ceux à l’envisager comme une méthode « naturelle » pour traiter leurs addictions, par exemple), pourquoi ne pas exploiter son champ d’influence pour permettre au sportif de cultiver un mental d’acier et, par là même, de booster ses performances ?

L’athlète est en effet animé par une dynamique particulière : son processus de formation identitaire s’est bien souvent trouvé fragilisé par une vocation cultivée dès ses plus jeunes années. Il ne se contente pas d’un succès éphémère dans sa carrière : son attention se focalise toujours au-delà, dans le repoussement perpétuel de ses limites. C’est en se dépassant jour après jour qu’il se réalise véritablement. Pourtant, à la suite d’échecs passés ou d’expériences traumatisantes (blessures, vexations, etc.), son inconscient est susceptible d’entretenir des croyances limitantes ou des craintes persistantes : « je n’en suis pas capable », « mon corps ne va pas le supporter », « mes concurrents sont meilleurs que je ne le serai jamais », etc.

Or, l’inconscient exerce une influence bien plus pernicieuse qu’on ne pourrait le croire sur les comportements. L’une des particularités du cerveau humain est qu’il peine à faire la différence entre les scénarios qu’il trame et la réalité. Ce qui implique que tout ce que dissimule l’inconscient d’un individu (en l’occurrence ici, un sportif) est susceptible de se concrétiser : si l’athlète est inconsciemment convaincu qu’il ne parviendra pas à relever un défi X ou Y, ses performances s’en trouveront automatiquement bridées, sans qu’il ne s’en aperçoive. On peut parler de prophétie auto-réalisatrice (PA). L’hypnose, en s’adressant directement à la partie inconsciente de son esprit, permet de briser ce genre de carcan de sorte que l’athlète puisse exploiter tout son potentiel sans entrave. La pratique la plus courante en la matière est l’ancrage, qui tend à désamorcer les associations d’idées négatives pour les remplacer par des suggestions positives qui se manifesteront dans une situation définie une fois le sportif sorti de sa transe hypnotique.

L’hypnose sportive : sur quoi peut-elle agir ?

Comme dit précédemment, le mental et l’inconscient jouent un rôle primordial dans les performances d’un sportif. Le coaching par l’hypnose, dans la mesure où il intervient directement sur l’esprit et tend à construire puis entretenir certaines habiletés mentales, s’envisage par conséquent sous une multitude d’applications. Christine Le Scanff , sur la base des travaux menés par Vealy en 1988, en énumère quatre grands blocs4 :

  • La relaxation : indispensable pour évacuer le trop-plein de stress et aider l’athlète à rester maître de son corps et de son esprit lors d’un événement décisif dans sa carrière.
  • Le dialogue interne : les pensées positives exercent une influence directe sur la qualité de la performance du sportif : il se convainc qu’il peut, donc il réussit. A l’inverse, les auto-étiquetages de type « mauvais » ou « perdant » blessent l’estime de l’athlète et le poussent inconsciemment à se prouver le bien-fondé de ses jugements dépréciatifs en échouant à son épreuve.
  • L’imagerie : basée sur la technique de l’association/dissociation (ressentir un geste particulier/se voir effectuer ce geste depuis l’extérieur), elle favorise le lâcher-prise et un niveau de concentration optimal.
  • La gestion des objectifs : plus le sportif se sent capable d’atteindre son but, et plus il se révélera performant

Conclusion

Le fonctionnement caractéristique de l’hypnose ainsi que l’importance du mental du sportif d’élite dans la gestion de sa performance semblent donc autoriser à penser qu’effectivement, le coaching mental hypnotique mérite bel et bien sa place auprès des athlètes, toutes disciplines confondues. Signalons d’ailleurs une recherche de 2016 qui s’est attachée à démontrer son efficacité dans plusieurs domaines sportifs.

Bien que la reconnaissance de l’hypnose sportive en France ne demeure que très marginale à l’heure actuelle, on ne peut que souhaiter sa démocratisation prochaine.


Références

  1. C. Barry, B. Falissard et. al. Evaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose. INSERM, 2015.
  2. Michael J. Mahoney et Marshall Avener, Psychology of the elite athlete: An exploratory study. Cognitive Therapy and Research, Juin 1977, Vol. 1, 2nd ed., pp 135–141, 1977.
  3. Terry Orlick et John Partington, John, Mental Links to Excellence. Sport Psychologist. 2. 10.1123/tsp.2.2.105, 1988.
  4. Le Scanff, Christine Le Scanff, Les bases de l’entraînement mental. Bulletin de psychologie, vol. n°475, no. 1, 2005, pp. 101-105..

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DiscussionUn commentaire

  1. Super article, merci pour le partage. J’ai toujours été quelque peu sceptique vis-à-vis de l’hypnose (et d’autant plus dans le domaine de la performance !) mais il faut garder un esprit ouvert je crois.

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